L’art qui devient un mode de vie – La Factory

« On y faisait la fête, on prenait de la drogue, on couchait beaucoup – ainsi que le veut la légende. On y tournait aussi des films, on fabriquait les fameuses sérigraphies de Warhol et le Velvet Underground y répétait sa musique. ». Voici comment Claire Guillot décrit le Factory dans l’article pour le Monde.

La Factory est indispensable pour comprendre la démarche d’Andy Warhol. Cette usine d’art était une réponse de l’artiste à l’idée de l’atelier, dont la création n’a pas beaucoup de liaison avec la vie. Rien que dans son nom on repère une forme d’ironie et de provocation : en créant dans une usine, Warhol affirme que l’art est un produit industriel comme une bouteille de Coca-Cola. Ainsi on a tendace à voir dans ce projet l’expression de l’idée de travail en chaîne pour produire le plus d’objets possible, désir très souvent évoqué par Warhol. L’article La Factory d’Andy Warhol en tant que Total Work of Art montre en quoi cet endroit est un des éléments essentiels pour comprendre la vision de l’art de Warhol, bien au-delà d’un simple rapport de l’artiste à l’objet.

L’article a été publié dans le CUJAH : Concordia Undergraduate Journal of Art History. Ce journal bilingue est écrit par les étudiants de l’Université Concordia à Montréal. Le fait qu’il soit écrit majoritairement par des personnes qui n’ont pas encore obtenu leurs diplômes peut provoquer des inquiétudes quant à la fiabilité du contenu. Cependant, la filiation très affichée à l’université permet de traiter cette source comme scientifique. D’ailleurs, dans le grand nombre de notes de bas de page, on voit qu’ils prennent soin de s’appuyer sur des sources. De plus, l’auteur de notre article, Anne-Marie Lacombe possède un profil sur le site officiel de l’Université Concordia, où on peut lire qu’elle est spécialisée en art américain des années soixante.

L’article s’attache à démontrer plusieurs dimensions de la Factory : un lieu d’expression d’une idée de « business arts », une commnuauté, une oeuvre d’art totale et un système. Tout au long de l’article l’auteur, Anne-Marie Lacombe, évoque plusieurs médias sur lesquels travaillait Warhol : la peinture, le cinéma, la photographie, la danse, la musique, la mode, les magazines, la télévision, l’écriture. Ainsi, elle souligne la diversité et la complexité de l’approche de Warhol et sa volonté d’englober tous les arts.

L’auteur accorde une place importante à la dimension sociale de Factory, endroit ouvert à tous. Andy Warhol y réalisait l’idéal de la démocratisation de l’art à l’ère du pop : art pour la population et en relation avec elle. D’ailleurs, dans certains articles anglais on peut retrouver l’expression « members of the Factory », qui ne désigne pas seulement le personnel qui y travaillait, mais toutes les personnalités de la scène underground des années 60 qui s’y rendait régulièrement.

L’exemple des performances Up-Tight et Exploding Plastic Inevitable (dont un extrait on peut voir ici) évoquées dans l’article, montre bien la diversité des professions alliées au sein de Factory : les musiciens du Velvet Underground, les photographes Billy Linich et Nat Finckelstein, les danseurs Gerard Melanga et Edie Sedgwick. Ainsi la Factory devient non seulement le lieu de production des oeuvres mais aussi un lieu de production des stars. Andy Warhol a beaucoup aidé dans la carrière du Velvet Underground. C’est grâce à lui que le groupe s’est allié à la chanteuse Nico, avec laquelle il a produit ses morceaux les plus célébres, comme Venus in Furs ou Femme Fatale.

Cependant, il est dommage que l’article n’utilise aucune photo ni aucun lien vers les performances qui permettrait de mieux illustrer l’idée de réunion des représentants de différents métiers.

Ensuite on voit que la Factory dépasse une simple dimension pop : elle constitue une œuvre d’art totale. L’auteur ne sépare pas Warhol de tout le contexte précédent, comme c’est souvent le cas dans les présentations de cet artiste au le grand public, mais au contraire, essaie de tisser des liens entre l’œuvre de Warhol et sa production antérieure, notamment avec le concept d’œuvre d’art totale forgé par Wagner. Elle montre comment Warhol a enrichi le concept de l’œuvre d’art totale par l’utilisation de nouveaux médias. Ainsi, la Factory devient un système complexe au sein duquel dialoguent les différents domaines de la création artistique. Cependant, l’emploi constant du terme anglais « Total Work of Art » est étonnant dans ce texte scientifique écrit en français. Son emploi n’est légitimé ni par la langue d’origine (Wagner n’a pas écrit ses thèses en anglais) ni par la manque d’équivalent français.

On voit donc que le concept de la Factory dépasse la simple dimension d’une usine ou d’un lieu de rencontres, auquel il est souvent réduit (comme c’est le cas dans la citation évoquée au début du texte). En analysant la liaison entre les arts au sein de l’œuvre de l’art totale, Anne-Marie Lacombe démontre que la visée d’Andy Warhol, même dans ses aspects les plus pop, relève d’une vision complexe qui ne peut pas être limitée à une dimension économique ou provocatrice.

Aleksandra CZYZ

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