La dépersonalisation du portrait – Ten Lizes (1963)

« Tous mes portraits doivent avoir le même format pour qu’ils tiennent tous ensemble et finissent par former un seul grand tableau intitulé Portrait de la société. Bonne idée, non ? » voici les mots d’Andy Warhol lui-même cités dans le livret accompagnant l’audioguide des collections contemporaines du Centre Pompidou.

Dans cet article, on se concentrera sur des sources de destinées au grand public, en analysant une des ses oeuvres les plus connues : la sérigraphie Ten Lizes (1963), qui se trouve au Centre Pompidou.

Andy Warhol, Ten Lizes (détail), 1963, sérigraphie et peinture à la bombe sur toile, 201x 564,5 cm, Centre Pompidou, Paris, copyright © Gautier Poupeau, some rights reserved. Source: Flickr.

Andy Warhol, Ten Lizes (détail), 1963, sérigraphie et peinture à la bombe sur toile, 201x 564,5 cm, Centre Pompidou, Paris, copyright © Gautier Poupeau, some rights reserved, image modifiée. Source: Flickr. Licence : Creative Commons.

Tout d’abord, en lisant la notice sur le site du Centre, on acquiert quelques informations principales, comme le fait que cette oeuvre est une des premiers sérigraphies de l’artiste, faite peu après le moment où il a décidée d’abandonner le travail en tant qu’illustrateur commercial. On apprend également qu’elle pose les bases de son art à venir et annonce la plupart des processus que Warhol exploitera tout au long de sa carrière. Il démontre également un des principes de la théorie pop de l’artiste qui consiste dans l’affirmation que « moins l’artiste est actif et meilleur sera le résultat ». Les auteurs de la notice vont jusqu’à dire que cette oeuvre est en effet « une allégorie d’un monde dominé par la prolifération des images ».

Dans la liste des documents associés à Andy Warhol sur le site du Centre Pompidou, on découvre également une référence à une vidéo d’Alain Jaubert sur cet artiste qui fait partie de l’émission « Palettes ». Nous avons réussi à la trouver en ligne (première et deuxième partie) appartenant à la série « Palettes ». Le journaliste y reconstitue un contexte plus large de carrière de l’actrice, reconnue comme une star scandaleuse. Warhol fait sa sérigraphie peu après la sortie du film Cléopâtre, lors du tournage duquel Elizabeth Taylor a subit les graves problèmes de santé. Jaubert insiste également sur le fait que Ten Lizes n’est pas une seule reproduction de l’image de l’actrice dans l’oeuvre de Warhol : il en utilise d’autres, comme celle de Daily News évoquant sa rupture avec Eddie Fischer.

Plusieurs sources (comme celle-ci) mentionnent la liaison forte entre Ten Lizes et le cinéma: Warhol y utilise non seulement l’image de l’actrice, mais donne aussi à sa toile l’apparence d’un écran cinématographique grâce à l’utilisation de la peinture argentée. De plus, la reproduction de l’image sur des bandes horizontales et le format allongé de l’oeuvre peuvent évoquer une pellicule.

Quant à Alain Jaubert, il se concentre sur quelques aspects de la toile, qui sont : son appartenance à la société de consommation, la nouveauté de Warhol par rapport au genre des portraits et dépersonnalisation de l’actrice. Le premier aspect consiste dans le fait que l’image de l’actrice devient une icône de consommation au même niveau qu’une bouteille de Coca-Cola. Sa répétition rend l’image encore plus superficielle et s’accorde au monde qui est « envahi par la quantité », en reprenant l’expression du producteur. Ainsi Warhol critique la société capitaliste. L’artiste met l’accent sur la dépersonnalisation et dématérialisation de l’image de l’actrice : elle est sans chair et sans relief, son sourire devient pesant. Warhol se démarque donc de la tradition du portrait qui était de garder la mémoire d’une personne et de représenter l’intérieur du personnage. Or, dans Ten Lizes, il ne s’agit plus du portrait d’Elizabeth Taylor mais d’une image, et « même d’une image d’une image ».

Le journaliste d’Arte souligne aussi l’aspect industriel mais pas parfait de l’oeuvre, où on peut facilement déceler les traces de la trame. Ceci, lié avec une certaine abstraction du visage de l’actrice, confère à l’image un caractère éphémère, sur le point de disparaître, hanté par la mort.

Cependant, malgré la méticulosité d’analyse du contexte de l’oeuvre et de ses différents aspects, Alain Jaubert évoque aussi les éléments plus légendaires de biographie de Warhol, en parlant de son narcissisme et son amour de l’argent sans véritablement les analyser.

Après avoir analysé ces ouvrages de vulgarisation, on peut aller plus loin et lire la notice du catalogue d’exposition Les années pop qui a eu lieu au Centre Pompidou en 2001. Là, à la page 16 on découvre une analyse plus approfondie des phénomènes qui caractérisent le pop art. Les auteurs du catalogue y évoquent deux aspect essentiels du mouvement pop qui sont : la fidélité au modèle et l’objectivation de démarche artistique. Ils soulignent cependant la double facette des procédés pop, qui est non pas de reproduire l’objet directement mais reproduire sa reproduction. Ils insistent également sur le fait que cette identification de l’image comme d’image d’une image (alors, en quelque sorte, une copie d’une copie) est très importante pour comprendre les enjeux du mouvement.  Ainsi cette notion, développée très brièvement par Alain Jaubert devient plus claire. De plus, les auteurs du catalogue expliquent de manière plus détaillée la démarche de dépersonnalisation de l’oeuvre d’art où toute trace humaine a été effacée par le choix des photographies banales que l’artiste n’a pas prises personnellement, et la technique de la sérigraphie.

On voit donc la possibilité de trouver plusieurs informations sur l’oeuvre rien qu’en regardant attentivement sa notice sur le site du musée. Dans chacun des documents on retrouve la description des procédés caractéristiques du mouvement pop-art à partir de l’oeuvre emblématique du mouvement, comme Ten Lizes. De plus, ces documents ne se contentent pas de décrire ses caractéristiques : ils analysent également les buts. On découvre donc que les oeuvres aussi dépersonnalisées que Ten Lizes peuvent être lues comme une critique de la société pour qui Elizabeth Taylor est un produit au même titre qu’une soupe Campbell. Ce n’est pas Warhol qui dépersonnalisé une star, c’est la société toute entière qui le fait. En outre, on voit que même dans les ouvrages de vulgarisation, comme dans la vidéo d’Alain Jaubert, on retrouve plusieurs mentions à propos du fait que les images pop peuvent contenir une évocation de la mort, que l’on développera par la suite.

Aleksandra CZYZ

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