Des sujets empruntés à la peinture classique

On a vu dans l’article précédent qu’Andy Warhol avait réalisé plusieurs séries sur la mort. Celle des Skulls en fait partie. Il l’a commencée en 1968, après un attentat au cours duquel Valérie Solanas lui avait tiré dessus. On pourrait trouver qu’il y a une certaine continuité dans son travail, puisqu’il avait déjà peint avant cette date des œuvres sur le thème de la mort. Mais en réalité, cet événement a produit chez Warhol une véritable obsession pour ce sujet. Cependant les Skulls prennent ici une autre dimension que l’Electric Chair.

En effet, selon Jakuta Alikavazovic, les crânes sont une reprise de memento mori tels qu’on a pu en représenter à la Renaissance. Ils « font référence sans ambiguïté, aux vanités baroques » et amèneraient l’homme à réfléchir à sa propre mort et à la précarité de son existence. Cette signification est renforcée par l’emploi de la sérigraphie, et de la technique sérielle qui renvoie « au sentiment aigu du transitoire », thème qui est justement celui des vanités.

Andy Warhol, Skulls, 1976, peinture acrylique et sérigraphie sur 6 toiles, chaque toile mesure 38.30 x 48.30 cm, National Galleries of Scotland and Tate, Edimbourg, copyright © appelogen.be, some rights reserved. Source : Flickr.

Andy Warhol, Skulls, 1976, peinture acrylique et sérigraphie sur 6 toiles, chaque toile mesure 38.30 x 48.30 cm, National Galleries of Scotland and Tate, Edimbourg, copyright © appelogen.be, some rights reserved, image modifiée. Source : Flickr. Licence : Creative Commons.

Le crâne, symbole traditionnel de la mort, est alors répété six fois, avec des variations de couleurs, ce qui renforce l’impression de confrontation avec le spectateur. Warhol nous montre que Skulls représente tout le monde et met le spectateur face à sa propre mort. De plus, comme on peut le lire sur le site des National Galleries of Scotland and Tate, on peut penser que l’ombre des crânes prend la forme d’un visage de bébé de profil. On n’est pas sûr que cette représentation soit volontaire mais si c’est le cas, l’œuvre prendrait alors une dimension allégorique des différents âges, ce qui appuierait le message qu’elle délivre. La jeunesse se trouverait ainsi dans l’ombre de la mort, qui représenterait son destin inexorable. La combinaison entre la vie et la mort augmente donc l’efficacité de l’œuvre.

Andy Warhol, The Last Supper, 1986, acrylique et sérigraphie sur lin, 198,1 x 772,2 cm, The Baltimore Museum of Art, Baltimore, copyright © Sharon Mollerus, some rights reserved. Source : Flickr.

Andy Warhol, The Last Supper, 1986, acrylique et sérigraphie sur lin, 198,1 x 772,2 cm, The Baltimore Museum of Art, Baltimore, copyright © Sharon Mollerus, some rights reserved. Source : Flickr. Licence : Creative Commons.

Une autre série, qui reprend aussi un thème de la Renaissance, est The Last Supper, d’après la Cène de Léonard de Vinci. Là encore, l’œuvre est modernisée : contrairement aux nombreuses couleurs présentes dans le tableau original, l’image sérigraphiée apparaît en double et de couleurs jaune et noir. A l’origine, cette série a été commandée par le galeriste Alexandre Iolas, en 1984, comme on peut le lire sur le site du Guggenheim, pour une exposition au Palais Stelline à Milan. Mais cet ensemble d’œuvres témoigne aussi d’une quête du spirituel et peut-être de rachat. Le thème des memento mori pourrait alors rejoindre celui de la Cène. En effet, à la Renaissance, on trouve des représentations, sous forme de memento mori, de Marie-Madeleine repentante. De même, la Cène de Léonard montre l’instauration de l’eucharistie lors du dernier repas avant l’arrestation du Christ et cette dernière rappelle qu’il va par la suite être torturé puis crucifié et renvoie donc à son sacrifice pour sauver les hommes. En cela, l’œuvre rejoint également en quelque sorte le thème de la mort, puisque ce repas du Christ est le dernier avant la suite d’événements qui le mèneront à la crucifixion.

On remarque encore une fois, que l’on se trouve avec ces sérigraphies, bien loin du mouvement du Pop art. En effet, ces deux œuvres, qui peuvent s’inscrire dans un thème de la mort plus spirituel, sont, comme on l’a vu, des reprises directes de sujets empruntés à la peinture classique. Warhol modernise les peintures en employant le procédé de la sérigraphie, et cela, contrairement à ce que l’on pourrait penser, appuie le message transmis par l’œuvre au spectateur.

Auriane

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3 commentaires

  1. Je trouve que la problématique de cet article est remarquable. Cela m’a fait découvrir une nouvelle connaissance sur les œuvres. Merci!

  2. « Warhol nous montre que Skulls représente tout le monde et met le spectateur face à sa propre mort. »

    M’ouais… C’est juste un crâne…

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